{"id":3226,"date":"2023-06-21T09:21:23","date_gmt":"2023-06-21T07:21:23","guid":{"rendered":"https:\/\/rencartaumelies.org\/?p=3226"},"modified":"2023-06-23T23:31:51","modified_gmt":"2023-06-23T21:31:51","slug":"love-life-reflet-dans-loeil-de-koji-fukada","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/2023\/06\/21\/love-life-reflet-dans-loeil-de-koji-fukada\/","title":{"rendered":"Love Life, reflet dans l\u2019\u0153il de K\u00f4ji Fukada"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Cin\u00e9 d\u00e9bat du 17 juin au M\u00e9li\u00e8s&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/rencartaumelies.org\/wp-content\/uploads\/2023\/06\/love-life-2022-koji-fukada-recensione-932x460-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3227\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>Un vinyle pendouille \u00e0 la fen\u00eatre, un de ces 45 tours dont le reflet effraie les oiseaux, \u00e9clat de lumi\u00e8re qui se diffracte dans cet appartement japonais, \u00e9picentre d\u2019une trag\u00e9die en 3 actes, tandis que le refrain sirupeux d\u2019une chanson r\u00e9sonne \u00ab&nbsp;<em>Quelle que soit la distance qui nous s\u00e9pare. Rien ne m\u2019emp\u00eachera de t\u2019aimer \u00bb.<strong> Love Life<\/strong> s\u2019ouvre<\/em> sur une mise en sc\u00e8ne du bonheur chez Taeko et son compagnon Jiro, tandis qu\u2019une une f\u00eate improvis\u00e9e doit c\u00e9l\u00e9brer l\u2019anniversaire du beau-p\u00e8re dans cette famille japonaise apparemment sans histoires. Taeko prot\u00e8ge les vieillards et les d\u00e9munis comme une m\u00e8re courage qui semble \u00e9clairer tous ceux qu\u2019elle croise. Leur fils Keita, est un sur dou\u00e9 champion au jeu de strat\u00e9gie Othello. Mais quelque chose sonne faux, Taeko semble absente, \u00e9trang\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame et K\u00f4ji Fukada, l\u2019air de rien, va s\u2019employer \u00e0 dynamiter les apparences d\u2019un fac simil\u00e9 de bonheur. Ce qui \u00e9tait blanc vire au noir comme les pions d\u2019Othello, le film jouera de renversements jusqu\u2019au bout \u2026d\u00e9cid\u00e9ment quelle que soit la distance, le pass\u00e9 ne passe pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On sort de projection avec des images, des impressions diffuses, le cin\u00e9ma est une bulle, chacun son film\u2026Une vingtaine de personnes, f\u00e9rus ou pas de culture japonaise, ont partag\u00e9 leur exp\u00e9rience de spectateur pour un cin\u00e9 d\u00e9bat passionnant \u00e0 l\u2019issue du film.&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 combien<em> La soci\u00e9t\u00e9 japonaise est \u00e0 la fois polic\u00e9e, patriarcale et cruelle .<\/em> Taeko est remari\u00e9e et son statut est doublement d\u00e9valoris\u00e9. Malgr\u00e9 la ritualisation des rapports, quand l\u2019\u00e9motion refait surface c\u2019est violent. Le beau-p\u00e8re peut \u00eatre avec sa bru d\u2019une grossi\u00e8ret\u00e9 sans nom. Les gens semblent n\u2019apparaitre au d\u00e9but que dans leur fonction sociale ou au sein de la famille, d\u2019o\u00f9 parfois un sentiment d\u2019ennui ou d\u2019\u00e9touffement dans l\u2019attente que quelque chose se passe. L\u2019ex-mari sourd muet cor\u00e9en n\u2019appartient lui \u00e0 aucune communaut\u00e9 et vit en marginal. Deus ex machina il va se r\u00e9v\u00e9ler d\u2019une violence inou\u00efe en m\u00eame temps qu\u2019il ram\u00e8nera chacun vers sa v\u00e9rit\u00e9, fut-elle souffrante. Le film donne une place de choix aux invisibles, les SDF, les handicap\u00e9s et les \u00e9trangers, Cor\u00e9ens consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens de seconde zone au Japon.<\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00eame temps Fukada nous touche<em> pour l\u2019universalit\u00e9 de son sujet.<\/em> La justesse du propos sur le deuil est soulign\u00e9e. Pour ne pas s&rsquo;effondrer dans le vide laiss\u00e9 par l&rsquo;absent, on fait ce qu&rsquo;on peut, p\u00e9niblement, maladroitement, forc\u00e9ment.&nbsp;Ne pas combler l&rsquo;absence, passer \u00e0 autre chose comme on vous le conseille, Fukada a cette expression tellement vraie \u00ab Je crois que le silence, c&rsquo;est vraiment ce qui permet au spectateur de se sentir libre&nbsp;\u00bb. Le recours \u00e0 la religion est trait\u00e9 avec originalit\u00e9, comme quelque chose qui, ma fois, est bien pratique notamment face \u00e0 la mort. Enfin, comme des strates oubli\u00e9es, le film d\u00e9plie les fils des amours anciens que l\u2019on cache et dont on ne doit pas faire \u00e9tat, seule condition pour revivre peut-\u00eatre un jour apr\u00e8s un tel s\u00e9isme psychologique. Les spectateurs pr\u00e9sents au d\u00e9bat ont appr\u00e9ci\u00e9 la d\u00e9licatesse avec laquelle <a>K\u00f4ji Fukada<\/a> joue des correspondances entre les \u00eatres, les lieux et les temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Une question a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e sur la place de la cam\u00e9ra tout au long du film, sa symbolique avec<em> ces plans larges et ces tonalit\u00e9s de plus en plus sombres.<\/em> Au d\u00e9but dans un m\u00e9lange s\u00e9pia trou\u00e9 de couleurs vives les personnages sont film\u00e9s de loin dans l\u2019espace int\u00e9rieur exigu ou du balcon lors des d\u00e9placements entre les barres d\u2019immeubles. L\u2019\u0153il du r\u00e9alisateur ne privil\u00e9gie personne et se fixe sur certains objets, un \u00e9cran, un vinyl, un damier. Deux sc\u00e8nes magnifiques \u00e9chappent \u00e0 ce cadrage neutre, l\u2019une se passe dans une salle de bain ou 2 personnages apparaissent comme un reflet dans la glace, sans aucune parole avec la seule puissance de quelques gestes. L\u2019autre voit Taeko, film\u00e9e de dos, qui danse toute seule sous la pluie, ignor\u00e9e de tous.K\u00f4ji Fukada laisse chacun imaginer des possibles, un futur pour ce couple dont on est bien incapable de pr\u00e9dire le contenu. L\u2019avenir dure longtemps\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels spectateurs sommes-nous ? Comment recevons-nous les \u0153uvres et comment en parlons-nous ? venez nombreux au prochain cin\u00e9 d\u00e9bat.<\/p>\n\n\n\n<p>Sylvie Boursier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cin\u00e9 d\u00e9bat du 17 juin au M\u00e9li\u00e8s&nbsp; Un vinyle pendouille \u00e0 la fen\u00eatre, un de ces 45 tours dont le reflet effraie les oiseaux, \u00e9clat [&#8230;]<\/p>\n","protected":false},"author":54,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[82],"tags":[],"class_list":["post-3226","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cine-debats"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3226","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/54"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3226"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3226\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3226"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3226"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/rencartaumelies.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3226"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}