Cannes 2026 # 8

Cannes, mardi 19 mai : on attend le retour du soleil et la hausse des températures après l’orage d’hier mais surtout de nouveaux films qui nous émerveillent, nous épatent ou nous émeuvent et même les trois à la fois !

©  Mostafa El Kashef / Ad Vitam

Dans la sélection Un certain regard et pour la première fois à Cannes un film rwandais, Ben’Imana, en plus un premier film et en plus une réalisatrice, Marie Clémentine Dusabejambo. 2012 dans une petite ville où siège un tribunal dans le cadre du programme de réconciliation mis en place par le gouvernement rwandais. Le film tisse l’histoire d’une communauté presque sans hommes, morts ou en prison, et d’une famille de femmes : la grand-mère, la fille, Veneranda, la petite-fille Tina et la tante Suzanne. À la suite d’un événement inattendu, Venaranda, qui prône le pardon pour les génocidaires, se trouve confrontée à ses propres contradictions et aux questions de Tina. Elle s’est fabriqué une manière de survivre. Y en a-t-il une bonne ? Faut-il mentir ? Faut-il pardonner ? Peut-on pardonner à des bourreaux qui n’avouent pas et ne demandent pas le pardon ? Comment continuer à vivre à côté de ses bourreaux ? Avec émotion, une incroyable dignité, sans pathos inutile mais avec empathie et sans discours, le film pose toutes ces questions et ne donne pas forcément de réponses. L’intérêt du film repose également sur l’immersion dans la vie quotidienne et dans des réunions de femmes qui racontent et s’opposent les unes aux autres sur ce qu’il faut faire. Un grand coup pour une première !

©  Anna Matveeva/Mk2 Productions/CG cinema/Arte France Cinema

Avec Minotaure, une adaptation du film de Claude Chabrol La femme infidèle, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev présente une banale histoire d’adultère qui tourne mal, dans le milieu de la grande bourgeoisie d’affaire russe au moment du déclenchement de « l’opération spéciale » en Ukraine. Par de multiples détails, Zviaguintsev, exilé en France, dépeint une société rongée par la corruption, la peur, le mensonge et les conséquences de l’arrivée de la guerre avec les quotas de recrutements obligatoires qui touchent des salariés qui n’ont rien à dire. Une image sombre, la pluie, une somptueuse maison à la campagne pour les uns, des barres de cité pour les autres, un restaurant chic où l’on étale son argent et son ennui. Un cinéma noir, terrible miroir d’une Russie qui a basculé. Un film fort, au scalpel, qui pourrait bien être au palmarès pour des raisons pas seulement cinématographiques.

©  The Barricades Panama Film

Everytime de Sandra Wollner en sélection Un certain regard : une femme élève deux filles, Jessie une ado et Mila âgée d’une dizaine d’années. Alors qu’elle est en virée avec son copain, Lux, Jessie meurt. Sur ce thème terrible, Sandra Wollner traite de comment combler l’absence avec un trio qui finit par ne plus se quitter. Si l’idée est bonne, le film s’étire trop et les 45 dernières minutes (sur deux heures) basculent dans le fantastique, le rêve sous acide voire la folie de la mère et de Milla. Pas mon truc mais de très beaux plans séquences dans la lumière chaude de Berlin l’été ou de Tenerife. Et un soleil divinement orange.

Françoise Lamontagne