
La première chose qui m’est venue à l’esprit en quittant l’espace de cet adieu cruel au monde est qu’il n’y avait aucune raison que ce long-métrage fonctionne sur le papier. Comment un scénario traitant dans un premier temps d’un garçon ratant un suicide, avant de tourner à la romance adolescente puis à la fugue pouvait-il proposer autre chose qu’un enfoncement progressif dans le mélodrame ? Miracle s’il en est, c’est un véritable conte de fée. Aucune carte lourde n’est jouée, et c’est l’esthétique de la douceur, du musical et du poète qui domine.
Milo Machado-Graner était évidemment le choix parfait pour jouer le garçon sensible et brisé dans cet écrin de cinéma tendre et non cynique. Le grain de l’image et la musique symphonique, ultra-présente avec ses vents harmonieux, nous plongent dans un conte Burtonesque éthéré, parfois sombre, parfois visuellement puissant (dépassant même un risque de ridicule entièrement assumé), et surtout toujours précis. La voix-off embaumée de notre chère Françoise Lebrun et les dialogues de Milo et Jane Beever capturent le profond dans le léger décalage du texte tel un St-Exupéry posant des aphorismes innés. De Givry ose parfois l’éclairage expressionniste et la composition picturale : quelle beauté !
Film novateur nullement, mais profondément sincère, et habité par une radicalité et une moralité qu’on ne voit plus beaucoup de nos jours. Au plaisir.
Cem
Pour en savoir plus : Dossier de presse du film.