
Le temps des moissons du cinéaste chinois Huo Meng est un film envoûtant par sa lenteur et passionnant par ce qu’il montre de la vie dans la campagne chinoise en 1991, alors que s’amorce le processus de mécanisation (même si en 1999, j’y ai encore vu des cultures à la main). On s’installe dans un village avec les yeux du petit Chuang, laissé par ses parents à sa grand-mère, pour travailler en ville. Le couple des parents revient au village, de loin en loin. Plusieurs générations vivent ensemble dans des conditions difficiles et la vie est rythmée par les décès, les naissances et les mariages ; la petite communauté est très imprégnée des rites traditionnels. Chuang, très bon élève, est très attaché à son arrière-grand-mère et à sa ravissante jeune tante qui va se sacrifier pour aider sa famille… Au-delà de la chronique rurale, on assiste au basculement de la vie traditionnelle avec l’arrivée du premier motoculteur, de la télévision et la recherche du pétrole. Huo Meng montre également très bien dans de courtes séquences, les différences sociales ou le sort brutal réservé aux femmes. L’image est magnifique, souvent nimbée de brume et la dernière séquence est somptueuse.
Un régal !
Françoise Lamontagne
