Si tu es en ville, va voir Baise-en-ville !

Martin Jauvat. Voilà un jeune talent à suivre. Il vient de Chelles en Seine-et-Marne. Une « grande banlieue » qu’il filme de manière originale, toujours aussi précise. Une représentation très différente de ce que le cinéma français nous montre habituellement de la « banlieue ». C’était déjà le cas dans Grand Paris, son film précédent.

Baise-en-ville est son nouveau film, une comédie inventive et assez réjouissante dans sa manière de baliser ce territoire souvent mal montré au cinéma. Un imaginaire, une écriture qui nous éblouissent par une mise en scène alternant sketches et scènes où Corentin, surnommé Sprite, marche, court, roule entre les différents lieux dans lesquels il doit se rendre.

Sa mère lui a confisqué la bonde de la baignoire dans laquelle il passe des heures à se prélasser.  Il est sommé de faire quelque chose de sa vie, sinon, il dégage de la maison. Il décide de passer son permis de conduire et doit donc s’inscrire dans une auto-école. Problème, il n’a pas un sou en poche. Il doit passer son permis pour trouver un boulot, mais il a besoin d’un boulot pour payer son permis.

C’est le moteur de cette comédie : cette boucle qui le mènera à faire des rencontres et à déambuler sur des chemins qui longent les chantiers de la future ligne de métro, dans les gares RER plongées dans la nuit, sur les routes de campagne non éclairées, dans les impasses peuplées de pavillons.

Une riche galerie de personnages bien croqués à découvrir. Emmanuelle Bercot complètement déchaînée, en monitrice d’auto-école tempétueuse, prête à tout pour aider Sprite – même à lui prêter son baise-en-ville, un petit sac en cuir rose du meilleur effet qui peut s’avérer stratégiquement indispensable lorsque, transports en commun capricieux obligent, vous découchez. William Lebghil en beau-frère solidaire, Anaïde Rozam en policière autoritaire multipliant les coucheries, Sébastien Chassagne en start-upeur déluré et sérieux, autant de personnages hauts et en couleurs.

Un petit bonbon sucré-acidulé, aussi drôle que plaisant, à déguster dans un fauteuil du Méliès.

Pickwick

Photos © Le Pacte

Et parce qu’il est aussi drôle à la ville qu’à l’écran, ne ratez pas une interview de Martin Jauvat ! Comme celle-ci.