
En sortant d’Hamnet, ce qui frappe le plus à la lecture des retours est la diversité des ressentis que semble provoquer le film chez les spectateurs. Certains décrivent le long métrage comme une expérience émotionnellement bouleversante, digne des grands drames du cinéma tels Le Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata ; d’autres le trouvent excessif dans sa forme, mélodramatique dans les moyens qu’il utilise pour créer l’émotion qu’il cherche à atteindre, et n’ont pas été touchés. On ne peut probablement pas donner tort ou raison ni à un camp ni à l’autre- cela dépendra des affinités de chacun. Je fais partie des convaincus et aborderai la suite du commentaire avec cette perspective.
À mon goût, le film de Chloé Zhao est un film d’auteur dans le sens le plus pur du terme. La cinéaste a une vision spécifique et mature d’une esthétique du drame qu’elle vise, qui laisse peu de place à la respiration du spectateur et a l’ambition et le sens artistique des grandes tragédies. Tous les moyens formels sont mis à la disposition de cette vision. Jessie Buckley et Paul Mescal, brillants, jouent le deuil et le chagrin avec toute l’âme qu’ils ont à donner. La performance de Jessie Buckley est, selon moi, une des plus profondes et viscérales que j’ai pu voir au cinéma.
Autour des états d’âmes des deux héros et de leurs enfants, Chloé Zhao crée un cadre cinématographique d’une grande richesse, fait de symboles et d’images picturales. La forêt, décor principal de l’histoire, est filmée avec un œil de naturaliste et une attention au détail qui en font un personnage vivant à part entière. La symétrie des plans, leur composition, révèle un sens affiné pour la position des éléments de décor et des personnages dans l’espace. Un travail méticuleux, qui à certains moments m’a rappelé certains des plus beaux plans de Barry Lyndon de Stanley Kubrick. L’approche visuelle de la cinéaste s’insère à mon goût parfaitement dans la vision du drame qu’elle souhaite proposer. On regrettera peut-être uniquement un usage trop régulier du cut to black pour faire la transition entre certaines séquences.
La thématique du deuil et du cycle vie-mort auquel les personnages font face est simple sur le fond mais parfaitement efficace dans son exécution, en grande partie grâce au travail titanesque des acteurs (adultes comme enfants !). La frontière liant les deux éléments du cycle est représentée, une fois de plus, avec un sens délicat de la mise en scène.
Hamnet est, je pense, un très grand film ; qui nécessite un cœur solide, mais on en sort grandi et enrichi. À ne surtout pas manquer !
Cem
