Courez voir La Grazia, de Paolo Sorrentino !

La Grazia de Paolo Sorrentino nous propose un paysage au premier abord désolé : celui d’un président italien fictionnel, touchant à la fin de son mandat, sombrant dans la solitude, fuyant ses responsabilités et perdu dans une spirale de questionnements relatifs à la mort de son épouse. Le cinéaste pose les bases d’un décor classique : plans millimétrés, costumes cravates, peintures et l’élégance naturelle d’un Toni Servillo qui crève l’écran. Ce n’est que la première face de la pièce sur la forme : la mise en scène s’envole par moment vers ce qui semble être des plaisirs personnels d’esthète (un montage semble tout droit sorti de The Matrix), ou dans une autre mesure, des métaphores à la simplicité touchante. Le tout sur une musique électronique moderne qui pourrait détonner avec cette ambiance politique. On appréciera ou pas le mariage, mais il faut lui reconnaître l’inventivité.

Sur le fond, le film est exigeant, et ne recule pas devant les sujets qu’il souhaite aborder. Le thème fil rouge de l’euthanasie, son rapport au droit pénal, à la religion catholique, et le rapport du droit pénal à la vérité, qui hante notre personnage président principal en plus de son deuil, sans oublier la rédemption et la Grazia du titre, font du film une œuvre assez dense. Devant cette myriade d’angles par lesquels le film aborde ses sujets, on peut se poser la question d’une ambition peut-être un peu trop grande, d’une profondeur difficile à atteindre si éparpillée. Le fait est que les notes sonnent justes, mais peut-être pas assez fort. Ce sera au spectateur de juger. Dans tous les cas, le long-métrage vaut le coup d’œil, et mérite un tour à notre Méliès favori.

Cem

Pour en savoir plus : une interview du génial Toni Servillo à 31:21 minutes de l’émission On aura tout vu du 31 janvier sur France Inter.

© Pathé Films