Cannes 2026 # 11

Cannes, vendredi 22 mai. Plein soleil… Fin de festival également, le samedi étant consacré à la reprise de la compétition officielle et à la cérémonie de clôture. Deux films ce vendredi.

©  Aline Boyen/The Reunion/Versus Production/Topkapi Films/Lumen Films/Pictanovo Région Hauts de France

Le réalisateur Lukas Dhont construit une œuvre film après film. Après Girl en 2018, et Close en 2022 (Grand prix du jury), il continue avec Coward en compétition avec une histoire d’amour entre deux jeunes soldats dans les tranchées pendant la guerre de 1914. Dhont ne cache rien des horreurs de « la Grande Guerre » côté belge : la boue, le sang, la mort et surtout la peur. On suit Pierre parmi les jeunes recrues qui se succèdent par vagues au front et effectuent également le ramassage des blessés et des morts lors des « trêves » entre deux assauts. Et puis il y a « le théâtre aux armées », une troupe des soldats amateurs qui montent de petits spectacles sous la direction de Francis. C’est là que l’amour éclôt et consume, dans cette poche de liberté paradoxale au milieu de l’horreur. Vouloir vivre envers et contre tout, est-ce de la lâcheté ? Une reconstitution impressionnante et un couple évidemment émouvant pour une histoire d’amour pas tout à fait comme les autres. Pas exceptionnel mais bon.

Avec Vesna, c’est la guerre et l’occupation russe en Ukraine que décrit le lituanien Rotislav Kirpičenko. L’occupant interdit à la population d’enterrer ses morts. Cas de conscience pour le jeune prêtre Andriy : faut-il braver l’occupant au risque de mettre en jeu la vie de ceux qui l’aident à cacher les corps pour les enterrer plus tard afin d’avoir des preuves des massacres ou vaut-il mieux « attendre que ça s’arrête », voire collaborer ? Un film particulièrement âpre (on pense bien sûr à la région du Donbass et aux massacres de Boutcha) qui nous plonge dans la violence et la peur. Si tout n’est pas réussi, le film fait très bien comprendre comment la peur peut annihiler toute capacité de résistance. La caméra filme le froid, la neige, la nuit, les visages en plans très rapprochés, la dureté de la survie. Rien de grandiose, juste la guerre.

Françoise Lamontagne