
Voilà un bien intrigant opus que ce The Drama de Kristoffer Borgli, réalisateur jusque-là inconnu au bataillon du côté de mes armées.
Sur le papier, je m’attendais à un film plaisant mais sans grande innovation : rom-com du studio A24, casting de A-stars, de quoi passer un bon moment un après-midi au Méliès sans y trouver perle d’inventivité ou trouvaille cinématographique. Le film démarre sur ce qu’il semblait promettre : rencontre romantique assez réchauffée, photographie lisse typique du studio, les fameux acteurs attendus. Ce n’est pas déplaisant, mais un peu mollasson. Pattinson, Zendaya et Alana Haim sont évidemment très précis dans leur jeu, et on se demande pendant un temps si on regarde le genre de film qui ne vaut que pour son casting et n’aurait eu aucun intérêt avec d’autres acteurs. Mais on se demande aussi pourquoi ces acteurs auraient accepté ce projet si ce n’est pour le chèque uniquement. Car le script ne décolle pas. Et là, soudain, la rupture.
Une scène en particulier, conversation à 4 personnages. En rapport à ce qui précédait, on entame le visionnage de la séquence en se disant que le film n’a décidément rien à dire et qu’il touche un peu le fond. Mais un habile exercice d’écriture fait la liaison avec la suite du long et son visage masqué, qui contient en fait toute sa richesse : on passe d’une rom-com placide à un drame psychologique (voire thriller d’horreur psychologique !) en l’espace de quelques minutes, grâce à un twist précis. La suite du film sera entièrement construite sur cette révélation. Se met en place une dynamique de tension entre les personnages et d’ambiguïté sur leur caractérisation qui donne un fort (et bienvenu) dynamisme au récit. Le reste s’écrit presque tout seul. Le réalisateur avance les pions de son histoire pour arriver à un captivant climax d’effondrement. C’est au cours de celui-ci qu’on observe d’ailleurs toute la force du script au global. La scène finale se positionne en beau point d’orgue de la déconstruction psychologique du personnage de Robert Pattinson en rapport au twist central.
The Drama n’est peut-être pas le film de l’année, mais un qui vaut clairement le détour. J’ai d’ailleurs appris à posteriori qu’Ari Aster était du côté des producteurs, ce qui explique peut-être en partie la noirceur qui émerge de l’œuvre, contenue mais fidèle à la filmographie du monsieur.

NB : Je suis allé voir le film sans en lire aucun synopsis, ce qui explique probablement mon expérience et ma position par rapport au twist central (surtout quand on lit les synopsis d’AlloCiné ou SensCritique qui le mentionnent directement). La connaissance de ce point de pivot du film en amont du visionnage n’est cependant, je pense, pas un frein à l’appréciation de la construction de l’ensemble.
Cem