Cannes 2026 # 5

Toujours à Cannes : samedi 16 mai, soleil et vent. Encore trois films (ou seulement…) pour la journée. À voir absolument : Le bois de Klara. On en reparle !

 Gentle Monster de la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer dont j’avais beaucoup apprécié Corsage. Déçue par ce nouveau film dans lequel Lucy (Léa Seydoux), une pianiste française d’avant-garde, découvre par une intervention policière que son mari Philip, vidéaste, stocke et fait circuler des images pédopornographiques. Le couple a un petit garçon d’une dizaine d’années, Johnny. Dommage que le film n’illustre que les interrogations de Lucy sur ce qu’a réellement fait son mari et n’aille pas plus loin. Le contrepoint autour de la policière n’apporte pas grand chose. Si Marie Kreutzer voulait montrer la déflagration produite par ce type de révélation, c’est réussi mais ensuite ??

Rehearsals for a revolution (Viendra la révolution) de la réalisatrice iranienne Pegah Ahangarani. Un documentaire iranien, en persan (merci à Massoumeh Lahidji pour sa toujours magnifique traduction), découpé en plusieurs chapitres pour raconter sur un mode à la fois intimiste et politique, l’Iran depuis 1979. Immersion dans l’archive vidéo, photo, amateur, familiale, musicale accompagné d’un commentaire à la première personne. A travers les portraits de proches, la mise en lumière de millions de personnes qui résistent au quotidien.

Avec Le Bois de Klara, Volker Schlöndorff adapte un livre de Jenny Erpenbeck et revient sur l’histoire de l’Allemagne depuis le début du XXème siècle jusqu’à aujourd’hui à travers l’histoire d’un terrain au bord d’un lac sur lequel se succèdent plusieurs familles allemandes. Superbes images pour un endroit paradisiaque qui va traverser les grands événements du siècle, la violence et la lâcheté des hommes, les questionnements. Émouvant, politique, une réussite !

Françoise Lamontagne

Cem : Je trouve le festival de plus en plus captivant.

Sanguine – Marion le Corroller

Présenté Hors Compétition, Sanguine de Marion le Corroller est fondamentalement le film petite soeur de The Substance de Coralie Fargeat qui avait déjà remué Cannes en 2024. Là où le second utilisait les outils du body horror pour attaquer la misogynie et la pression sociétale exercée sur le corps des femmes, le premier reprend les mêmes outils filmiques pour s’en prendre au capitalisme de façon plus large et à la culture de la performance. Un film politiquement engagé et artistiquement fait de forts partis pris narratifs, visuels et musicaux. Malgré ces qualités, le non-initié pourrait trouver une faute de goût dans cette métaphore faite de sang et de corps en décomposition, et on ne saurait lui donner forcément tort. J’ai de mon côté plus ressenti le malaise lié au fond du message. À voir pour se faire un avis, mais attention certaines scènes sont d’une intensité extrême.

Soudain – Ryusuke Hamaguchi

En compétition officielle, Ryusuke Hamaguchi n’est pas un nouveau venu à la Croisette, ayant effectivement gagné le prix du scénario avec son Drive My Car en 2021. Il nous revient avec Soudain, un mammouth filmique de plus de 3 heures et un monstre de densité intellectuelle, émotionnelle et poétique. L’œuvre est à la fois une analyse de la situation structurelle et financière des milieux du soin aux personnages âgées, un essai anthropologique sur la nature dévorante du capitalisme (décidément), une étude des techniques médicales de soin pour les patients atteints d’Alzheimer et une exploration de la fonction thérapeutique de l’art (en l’occurrence du théâtre ici). Tous ces aspects sont fouillés scénaristiquement ou via le dialogue par le formidable duo d’actrices que forment Virginie Efira et Tao Okamoto : quelle alchimie ! J’ai été très touché par l’amitié de leurs personnages et aurait bien apprécié passer une heure supplémentaire avec elles. 

Au-delà de ce travail intellectuel prononcé, le film recherche également la lumière dans la simplicité du rapport humain, dans l’échange, la célébration de l’acte du soin, de l’attention à l’autre. Il est aussi un exercice de grande beauté dans l’utilisation des éléments de décor, immeubles, lumières, couleurs pour la création d’une ambiance visuelle de qualité. J’ai vu dans l’oeuvre le regard d’un Edward Yang et les moments de grâce d’un Perfect Days. Autant dire que je ne serai pas offusqué si elle repart avec la Palme.

Cem