Ce que j’ai vu dimanche 17 mai. Cours voir le Sorogoyen !!!!
Si on manque de chaleur sur la Croisette, on ne manque pas de films. Revue de détail du dimanche 17 mai :

James Gray est de retour et attendu avec Paper Tiger et deux frères, Irwin et Gary, aussi différents que possible (Miles Teller et Adam Driver) qui vont se heurter à la mafia russe. Une mise en scène ultra classique dans un New York de 1986, une petite maison dans le Queens, un couple aimant et deux garçons encouragés à faire de bonnes études, Scarlett Johansson en femme au foyer, un peu effacée mais ultra forte, Adam Driver en ex-flic qui a fait fortune et continue à tenter sa chance en embarquant son frère et puis… tout s’embrouille. James Gray excelle dans la peinture familiale, ses relations complexes parfois violentes mais surtout aimantes. On retrouve ses thèmes habituels et on ne s’en plaindra pas : les liens de fratrie, le bien, le mal, la loyauté, le destin. Si la naïveté d’Irwin semble un peu exagérée comme le choix personnel d’Esther, l’ensemble tient néanmoins parfaitement la route, se regarde avec beaucoup de plaisir. Bref, un excellent film.

La découverte de la journée est sans contexte L’être aimé de Rodrigo Sorogoyen. Tout est magistral dans ce film : une mise en abîme puisque Sorogoyen propulse le spectateur sur un tournage en plein désert où la toute puissance d’un metteur en scène qui va se heurter à une opposition d’une de ses actrices et de sa chef opératrice donc de femmes et des retrouvailles qu’il veut, mais plus que complexes avec sa fille dont il fait son actrice. Javier Bardem crève littéralement l’écran, puissant, massif, donnant tout son art d’acteur à ce personnage d’Esteban, un réalisateur adulé et auréolé d’une réputation un peu sulfureuse, installé aux États-Unis et de retour d’en Espagne. Victoria Luengo lui donne la réplique dans un personnage féminin à l’apparence fragile dont on se demande à quel moment elle va chuter mais, au fond, presque aussi dure. Chacun cherche l’autre pour lui faire dire ce que chacun attend de l’être aimé. Marina Foïs, dans un rôle secondaire, une sorte de conscience, est impeccable. Sorogoyen filme au plus près des visages (premiere séquence renversante) mais réussit aussi parfaitement ses plans larges ou les incroyables paysages volcanique et âpres. Palme d’or peut-être, prix d’interprétation masculine, on l’espère. Le film est en salle, courez-y plutôt deux fois qu’une !

Le Moulin de Lazlo Nemes m’a laissée sur ma faim. Le film se concentre sur le parachutage en France de Jean Moulin, ses contacts, la préparation de la réunion où il sera finalement capturé jusqu’à sa mort. Ni la reconstitution historique ni l’interprétation de Gilles Lellouche ne sont en cause, mais pourquoi avoir choisi d’ajouter des épisodes inventés dont on saisit mal la portée ? Le duel psychologique annoncé avec Barbie, glaçant Lars Eidinger, n’est pas vraiment au rendez-vous et d’ailleurs il relève lui aussi de la plus pure invention sans parler de la dernière séquence totalement invraisemblable ou du dernier plan d’une incroyable lourdeur. Si Nemes rend bien la terreur, plus par ce qu’il faut entendre que par ce qu’il montre, c’est au final un film dont on peut se passer.
Françoise Lamontagne
Et maintenant une chronique de Cem :
La Gradiva – Marine Atlan

Présenté en Semaine de la Critique. La Gradiva ouvre son bal sur un photomontage présentant l’esthétique d’un Le Sud, la poésie d’un Chris Marker et une bande son portée par des instruments à vent offrant une forte mélancolie. Autant dire qu’on est rapidement capturé.
S’ensuit le long périple d’un groupe d’adolescents à Naples et dans les ruines de Pompéi. On est surpris par l’opposition de ce théâtre antique et de l’insolence et du langage de cette fougueuse jeunesse profitant de ce voyage pour explorer désir et sentiments. Puis on réalise que le cadre fait de fresques picturales et sculptures élève ce jeu des émois à une certaine universalité. Une scène en particulier, présentant deux personnages ayant auparavant échangé intimité et se trouvant désormais dans la sphère du non-dit, capture leur silence avec le regard immortalisé des statues qui les observent. Assez sublime, il faut l’admettre. Une « caméra d’or », comme on dit à Cannes.
La majorité des dialogues ou conversations de groupe sonnent d’un grand naturel, voire improvisées. Cela renforce d’autant plus la qualité des moments d’intimité quand les barrières se brisent. Des séquences oniriques et jeux d’éclairage viennent explorer avec inventivité le désir de nos adolescents.
En parallèle se construit une quête filiale menant à la tragédie. On y retrouve des éléments de ce mystérieux et beau prologue. L’histoire s’achève avec sensibilité. Du cinéma d’art, définitivement.
Cem