Cannes, mercredi 20 mai : le soleil est de retour, ça se réchauffe !! Quatre films aujourd’hui même si un peu de fatigue commence à se faire sentir.

À la Semaine de la critique, Seis meses en el edificio rosa con azul, un film de Bruno Santamaria Razul. Au Mexique, Mundo, un illustrateur, est atteint du Sida alors qu’il n’y a aucun traitement disponible. L’histoire est vue à travers les yeux de Bruno, un des fils de Mundo, devenu réalisateur, qui fait revivre les années où son père. Un film très tendre sans être mièvre, avec une belle relation entre Mundo et son fils qui s’exprime par le dessin. Un film plein de vie et de couleurs.

En compétition officielle, Pedro Almodovar avec Amarga Navidad/Autofiction Tous les thèmes de son cinéma, toutes ses couleurs et des actrices plus belles et talentueuses les unes que les autres. On rit mais surtout on réalise que le grand Almodovar, qui n’a jamais eu la Palme d’or, continue à parler de l’amour, du cinéma, de la fiction, de la réalité, du pouvoir du scénariste et réalisateur, de la fin de sa carrière. Si ce n’est pas son meilleur film, ça fait tellement plaisir de le retrouver pour tout ce qu’il nous offre ! Et puis, il y a Chavela… Dommage que le titre original n’ait pas été gardé en France.

Également en compétition officielle, Notre salut d’Emmanuel Marre avec Swann Arlaud dans le rôle titre. Il faut pas mal de courage pour redonner vie à un membre de sa famille qui a collaboré jusqu’en juin 1944 et c’est ce que fait le réalisateur en retraçant l’histoire d’Henri Marre, illustrée en voix off des extraits de la correspondance avec son épouse. Un petit escroc arriviste sans envergure, auteur d’un manuel de « management », s’incruste à Vichy et finit par y exercer des responsabilités sans état d’âme. Le parcours d’un collabo autant par intérêt que par conviction, d’un type sans relief, fasciné par l’efficacité… Mêlant habilement images d’archives, séquences surprenantes sur des musiques pop et dialogues terriblement actuels, le film repose sur la performance de Swann Arlaud qui interprète un personnage aux antipodes de ses convictions mais auquel on croit. Et le marais vichyste est parfaitement rendu dans toute son abjection. Belle réussite qui mérite d’être au palmarès.

À l’opposé du précédent, le documentaire passionnant de Christophe Dimitri Réveille, Les Survivants du Che, sur lequel il a travaillé plus de 20 ans (!) donne la parole aux derniers compagnons de la tentative de guérilla menée par Ernesto Che Guevara en Bolivie. Images d’archives, guérilla reconstituée en animation, interviews et superbes images du pays permettent de comprendre ce qui est devenu un véritable mythe. Évitant l’hagiographie, les témoignages sont à la fois poignants et politiques et on saluera les derniers mots de Régis Debray parfaitement d’actualité. À voir pour les « vieux » comme pour les plus jeunes et un bon support de débats.
Françoise Lamontagne