
Quelques jours après Cannes, me voilà à guetter le visionnage (ou rattrapage ?) de Notre Salut, prix du scénario, au MK2 Bibliothèque. J’arrive sur place, c’est complet. Bon. L’accréditation ne m’aidera pas ici. J’hésite entre rebrousser chemin et voir autre chose. Je finis par craquer pour Obsession de Curry Barker. L’affiche n’est pas prometteuse : entre la police, le commentaire de Première, la phrase d’accroche et la photo, on s’imagine le genre de série Z que Quentin Dupieux regarderait par curiosité un dimanche soir. Mais l’emballement populaire dans la communauté internationale cinéphile autour de ce film fait pencher la balance et j’achète mon billet.
Le cinéma MK2 est fort différent du Méliès. On y mange pop-corn et les spectateurs changent de place en plein milieu de la séance, téléphones allumés. La moyenne d’âge du public est similaire aux audiences de Cannes pour les films d’horreur, i.e. une audience jeune. Mais bref, venons-en au film !
Je ne sais pas encore ce que vaut Notre Salut, mais je ne pense pas avoir perdu au change en me tournant vers la guimauve tendre et horrifique qu’est Obsession. Tel son prédécesseur The Substance (encore lui, décidément !) le film se base sur un pitch simple : un objet magique qui accorde un vœu à la personne qui l’utilise. En l’occurrence, le personnage principal souhaitera l’amour infini de la fille à laquelle il n’ose avouer ses sentiments. A partir de cette base scénaristique, on peut faire tout et n’importe quoi. Le réalisateur décidera donc de faire n’importe quoi avec une grande maîtrise technique. La demoiselle tombera folle amoureuse du monsieur, très certainement trop, en atteignant un état psychologique de détresse avancée. S’ensuit la violence et le cauchemar, l’obsession du titre. Ce n’est clairement pas sans rappeler le stéréotype des yandere des séries d’animation japonaise…


Ce qui m’a le plus frappé dans cette joyeuse escapade, c’est que j’avais l’impression de voir éclore un genre qui n’existe pas ou peu, ou que je pensais quasi-impossible à bien faire fonctionner : la romance horrifique. J’entends l’expression de façon différente des narratifs des romans pour adolescents et autres films présentant des romances dans des contextes d’univers de fantasy, horreur ou gothique. Ici, c’est bel et bien la relation centrale qui devient par une sacrée magie d’écriture à la fois une romance douce et une expérience d’angoisse horrible et grandissante. Les deux aspects se côtoient de façon permanente et même se mélangent. On est à la fois touché et ému par ce rêve adolescent prenant forme (qui n’est parfois pas sans rappeler les comédies romantiques adolescentes des années 80-90) et perturbé par l’état psychique imprévisible – et dans la dégradation constante – de l’héroïne. La bande-son fait miroir à ce jeu avec des synthétiseurs d’ambiance sombres et romantiques s’amusant à passer du majeur au mineur selon les situations. Arrivé à une scène du film, une fois de plus un peu réminiscente de The Substance, je me suis dit que tout ceci était peut-être un peu grotesque. Mais pourtant, une fois le long achevé, au summum de l’horreur et la violence, j’avais encore avec moi l’émotion du doux rêve qui fait face à la captation du cauchemar. L’écriture me paraît franchement vertigineuse.
La mise en scène n’est pas des plus délicates et ne fascinera pas le fin amateur de film d’auteur, mais il faut lui reconnaître une intelligence du travelling et de l’éclairage pour créer tension et suspens. On sent également une inspiration d’Hérédité dans la construction d’une ambiance par le décor et l’utilisation de l’espace. Certains plans ont le potentiel de devenir iconiques du cinéma d’horreur moderne (je pense notamment au premier plan sur l’héroïne après que le vœu ait été fait). Le travail sur les effets sonores est également assez impressionnant et brutal.
Au final, j’aurais bien goûté 2 ou 3 heures supplémentaires de ce cauchemar marshmallow. Du cinéma de divertissement comme celui-là, c’est avec plaisir.
Cem