Vendredi 15 mai : fraîcheur cannoise et trois films en compétition.

Fatherland de Pawel Pawlikowski, dont j’avais adoré Cold War (note d’Isabelle : et moi Ida) : le retour de l’écrivain et Prix Nobel Thomas Mann en Allemagne en 1949, accompagné de sa fille Erika qui est devenue son assistante, pour recevoir le prix Goethe à Francfort puis à Weimar située dorénavant a l’Est. Rien qui dépasse dans ce film court (une heure quinze) en noir et blanc interprété par Sandra Hüller et Hanns Zischler, qui illustre avec économie le décalage entre les discours humanistes de l’écrivain et le regard acéré d’Erika sur les deux sociétés qui se font maintenant face. Choisir entre « Mickey et Staline », comme le dit Klaus Mann à sa sœur quelques jours avant de mourir, résume parfaitement le film auquel il faut ajouter une réflexion sur le rôle de l’artiste…

Avec Histoires parallèles, Asghar Farhadi, qui a réuni une pléïade de comédiens français, emmène le spectateur sur de fausses pistes puis dans une histoire à tiroirs, prétexte à une réflexion sur les apparences, la vérité, la confiance et la suspicion. Et l’espionnage des uns par les autres qui fait légèrement penser à La vie des autres. Une brève apparition amusante de Deneuve en éditrice face à Huppert en écrivaine misanthrope mais malheureusement, ce film n’est pas au niveau de ses précédents.

Soudain est la révélation de ces premiers jours de festival pour la compétition officielle. Sur un thème social qui touche, la vie des personnes âgées dépendantes en établissements spécialisés, Soudain va bien au-delà du portrait de Marie-Lou (Virginie Efira) qui met en place la méthode Humanitude basée sur l’autonomie et le respect de la personne. Si elle se heurte à des résistances dans le personnel, c’est surtout la logique comptable absurde et maltraitante du système qui est à l’œuvre. Mais sa rencontre avec une dramaturge japonaise, Mari (Tao Okamoto), va bouleverser son mode de raisonnement, son rapport au travail, sa vie. Un film puissant qui aborde de nombreux sujets, en douceur, avec un cours sur la capitalisme ! Ryusuke Hamaguchi filme de près les visages, les corps et les relations humaines avec une infinie douceur. Son film se détache nettement aussi bien par le traitement, l’image que par les deux interprètes féminines absolument bouleversantes. La Palme d’or qui manque à son palmarès ? Des prix d’interprétation ?
Françoise Lamontagne
Teenage Sex and Death at Camp Miasma – Jane Schoenbrun

ON Y EST ! Pour le cercle niche des amateurs du dérangé et du bizarre, je demande Jane Schoenbrun qui nous ouvre la sélection Un Certain Regard avec son Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Un film à multi-facettes : lettre d’amour aux slashers des années 80-90 (du générique d’introduction aux moult références et choix musicaux et visuels renvoyant à l’époque), méta-réflexion sur la nature créative du cinéma d’horreur et sa situation dans l’industrie du film, exploration de l’identité sexuelle et de la psychosexualité par le prisme du film, quelques mouvements lynchiens de mise en scène… (il y a même un acteur de Mulholland Drive dans le long) On se régale ! Jane qui vient nous secouer un peu la Croisette avec du cinéma d’audace. Bravo !
Quelques mots d’amour – Rudi Rosenberg

Présenté en sélection Un Certain Regard, voilà une comédie dramatique française qui narre la quête d’une jeune fille pour retrouver son père parti et les mots d’amour non exprimés dans son foyer. L’oeuvre brille par la fraîcheur et le naturel de ses acteurs (notamment enfants). Certaines répliques sont au laser : le comique populaire du film a généré des vagues de fou rires dans l’audience ! Le drame est tout aussi juste et arrache l’émotion sans en faire des caisses. Carton plein.
Cem