Cannes 13 mai : soleil, ciel par moments voilé et petit vent frais sur la Croisette. On rentre dans le festival avec deux films en compétition et le plaisir de revoir une des deux palmes de 1993.

Françoise : Dua (Semaine de la critique) le deuxième long métrage de la cinéaste Blerta Basholli, née au Kosovo. Pristina, dans les années 90, l’offensive serbe contre la région du Kosovo. Dua, une jeune fille de 13 ans, regarde le monde autour d’elle, un monde violent où coexistent les fêtes de jeunes et les premiers sentiments amoureux, l’école, la famille et surtout la répression et la guerre. Dua, incarnée par Pinea Matoshi dont c’est le premier rôle, offre à la caméra un regard à la fois buté, interrogatif et surtout en colère contre un monde qui l’empêche de vivre et dans lequel elle cherche sa place et où sa parole, parfois maladroite, est souvent niée. Histoire d’amitié aussi avec une jeune réfugiée qui lui apprend à prendre confiance en elle. La réalisatrice sait très bien rendre les tensions sociales, politiques, les menaces de tous ordres, notamment contre les femmes. À voir sans hésiter sur un sujet oublié.
Cem : Vu à l’Espace Miramar. Film présenté en Semaine de la critique. Un long-métrage kosovar au croisement d’un film de guerre et d’un « coming of age » – malheureusement trop convenu et stéréotypé à mon goût dans son deuxième aspect. Cela dit le film a plu à l’audience – et les actrices principales, présentes, étaient particulièrement émues de son accueil. J’ai rarement vu des acteurs aussi secoués, on sent qu’il y a fort investissement émotionnel dans le projet.

Françoise : Quelques jours à Nagi, en compétition officielle, du cinéaste japonais Koji Fukada, se déroule dans une petite ville de la campagne japonaise dans laquelle est installée une base militaire. Yuri, une jeune architecte qui a besoin de faire le point sur sa vie, vient passer quelques jours chez son ancienne belle-sœur, Yoriko, à la fois agricultrice et sculptrice sur bois. Yuri rencontre deux adolescents, Haruki et Keita, et le père d’Haruki, Yoshihiro. Derrière des apparences tranquilles se cachent des vies secrètes et complexes. Une chronique fine des sentiments servie par des dialogues ciselés et une belle interprétation. Un film subtil et tout en retenue qui dit aussi beaucoup sur un Japon rural méconnu.
Cem : Vu au Théâtre de la Licorne. Film en compétition officielle. Premier long en compétition de Koji Fukada – réalisateur japonais ayant précédemment proposé Love Life, Love On Trial… Il revient avec un slow-burner (film qui prend son temps pour installer l’ambiance, puis monte progressivement en intensité) ayant pour cadre un atelier de sculpture dans lequel les personnages vont confronter sentiments passés et présents par introspection et par interrelations scéniques avec les bustes des dits personnages dans l’atelier. Un film qui recherche la finesse psychologique, et va dans ce sens plus loin que les précédents longs du réalisateur – l’essai est transformé. Une belle ouverture sur l’exploration de l’amour LGBT également. Manque peut-être un peu de direction pour être un grand film, mais écrit avec intelligence.

– Séquence nostalgie avec Adieu ma concubine de Chen Kaige, que la magnifique comédienne Gong Li nous a fait le plaisir de venir présenter en salle. Une incroyable fresque historique et intime de la Chine des seigneurs de la guerre à la Révolution culturelle à travers l’histoire de trois personnages et de l’opéra traditionnel de Pékin. Palme d’or en 1993 ex-æquo avec La pianiste de Jane Campion , le film vient d’être restauré et devrait ressortir en salle.
Françoise Lamontagne